Cela faisait longtemps qu’elle ne s’était pas sentie aussi sereine. Modumo se trouvait dissimulée derrière une haute haie avec la moitié des chasseurs du village, et quelques personnes venues en visite à sa cour. Ils guettaient tous un sanglier qui terrorisait les villageois depuis maintenant une semaine. Les chiens le poursuivaient depuis le fond de la forêt et on entendait leurs hurlements se rapprocher. Modumo était rêveuse.
*Après tant de trouble, de guerre, de famine, que c’est agréable de n’avoir à penser qu’à se débarrasser d’un sanglier.*
Modumo sourit intérieurement. Cela faisait tellement longtemps que son royaume n’avait pas été en paix. Pourtant petit, la richesse de ses terres et la faune nombreuse de ses bois attirait les royaumes alentours. Tous le voulaient pour sien. Mais en tant que derniers survivants de la race gauloise, les Mo refusaient de se joindre à l’un de leurs voisins. Ils voulaient garder leur culture et leur histoire intacte, et étaient toujours prêts à se battre pour défendre cette indépendance.
*Hélas, combien d’hommes avons-nous déjà perdus dans ces guerres, du plus petit paysan à notre roi, tous sont à pleurer au même niveau*
Modumo empêcha la tristesse de l’envahir au souvenir de son époux mort au combat dans la dernière guerre contre les germains du nord. Une flèche avait réussi à transpercer son bouclier et était arrivée en pleine poitrine. La blessure n’était pourtant pas mortelle, le poison de la flèche en revanche avait été fulgurant, il était mort quelques heures après sans même avoir le temps de faire ses adieux à sa femme.
Elle se souvenait de leur mariage, lui prince du royaume des Mo et elle première fille du conseiller du roi, ce n’était pas un mariage d’amour, mais année après année elle avait appris à respecter et apprécier cet homme bon et juste pour son peuple. Il écoutait toujours ses conseils, ils pouvaient passer des heures à débattre de ce qui serait le mieux pour leur royaume.
Mais maintenant elle était seule, il était mort lui laissant en héritage ce royaume qui les avait unis pendant leurs années de mariage. La tradition aurait voulu qu’elle se remarie rapidement pour offrir un nouveau roi aux Mo, les prétendants étaient d’ailleurs nombreux à venir à la cour pour gagner des points auprès de la reine, mais elle les ignorait tous. En plus de penser qu’elle n’avait plus l’âge d’un mariage de raison, son esprit n’était tourné que vers un seul homme. Pour la première fois de sa vie de reine, elle aimait.
Ils s’étaient rencontrés alors qu’il venait représenter son peuple à l’enterrement du roi. C’était le chef du village Romus, un village romain, il venait en tant que représentant de leur empereur témoigner de leur sympathie et de leur soutien à l’enterrement du roi. Il avait attendu que la période de deuil soit passée pour venir lui faire part de ses sentiments. Elle se souvenait encore de ce moment ou dans les jardins du palais il l’avait rejointe, et lui avait exprimé cet amour qui le rongeait comme elle depuis leur première rencontre. Mais une reine ne peut pas se permettre de tomber amoureuse, surtout quand son amant était un Romain.
*De tous les hommes de mon peuple, il fallait que celui qui me fasse ressentir ça soit Romain… Nos rivaux depuis toujours, bien sûr, maintenant nous sommes enfin en paix après de nombreuses guerres sanglantes qui avaient quasiment fait disparaitre le peuple gaulois de la terre. Mais jamais il ne sera accepté comme roi je le sais. Puisque je ne peux le prendre pour époux, je n’en prendrai aucun et resterai seule reine des Mo, mes enfants reprendront ce titre à ma mort.*
Pendant qu’elle rêvassait elle n’entendit pas les bruits venir de la haie. D’un coup, le sanglier sortit d’un buisson… Il chargeait directement vers son cheval ; elle attrapa son arc et une flèche, elle n’avait plus le temps de fuir, il fallait le tuer du premier coup. Elle arma son arc, visa, et tira… Elle n’arriva pas à voir si elle avait touché le sanglier, elle devait rester concentrée pour retenir son cheval, mais elle continuait à entendre le martèlement des sabots qui chargeaient… Il se rapprochait de plus en plus, il ne s’arr€êtait pas, elle savait que personne d’autre n’avait eu le temps de tirer. Il était arrivé de son côté et elle était la seule à l’avoir vu arriver d’assez loin, et elle l’entendait se rapprocher encore et encore… S’il fonçait dans son cheval, la blessure risquait d’être mortelle pour le cheval et pour elle, ce genre de sanglier piétinait jusqu'à la mort.
Puis d’un coup plus rien, il s’était arrêté. Pouvant enfin descendre de cheval, elle mit pied a terre, le sanglier était tombé à quelques centimètre de sa monture, une flèche en plein œil. Elle avait réussi, elle l’avait touché finalement.
***
Le soir même dans la salle principale du palais. Un grand banquet commençait.
*Tout le monde me félicite, pourtant je n’aurais jamais été choisie pour épouser le roi si je ne maitrisais pas parfaitement les arts du combat.*
Se tournant vers un serviteur :
-Nod, où est passé Actor ?
-Je ne sais pas Ma Reine, je l’ai invité à se joindre à votre table, comme vous me l’avez demandé. Il m’a dit qu’il allait faire un petit tour dans les jardins mais qu’il serait à l’heure pour le banquet.
Modumo était étonnée, ce n’était pas le genre de son amant d’être en retard pour quelque chose. Soudain les portes s’ouvrirent, c’était Actor, tenant dans ses mains un bouquet de fleur... Il s’agenouilla devant la reine, respectant le protocole même si tous ici savaient qu’ils étaient amant. En effet, autant elle ne pouvait le choisir pour mari, autant une reine ou un roi choisissaient les amants qu’ils voulaient, c’était la règle à la cour.
-Je suis désolée ma reine, souffla Actor, j’ai été retardé je ne trouvais pas les fleurs de la bonne couleur pour vos yeux.
-Relevez vous, chef de Romus et prenez place, mes yeux vous remercient de cette attention, en revanche ma tête vous demande d’essayer de ne plus être en retard, nous ne pouvons souffrir à la cour de devoir attendre un romain.
Les mots étaient durs, mais le sourire qui les accompagnait était plein d’amour : ce petit jeu, ils le jouaient 100 fois par jour, comme pour marquer devant les autres qu’ils connaissaient leurs origines et leur place.
Actor s’assit, soulagé d’être enfin arrivé.
*Cet idiot de Trifus a failli me causer des problèmes, premièrement il se permet d’être en retard, mais en plus il me fait la morale. Comme si je ne savais pas qu’il n’était pas prévu dans les ordres que je séduise la reine, comme si je ne savais pas ce qu’il allait m’arriver si j’échouais. J’espère qu’il va bien transmettre mon message à l’empereur. Je ne peux plus rien faire pour ce royaume, mais peut être qu’elle, je pourrai la sauver*
Actor se tourna vers Modumo, apercevant le mouvement elle tourna la tête elle aussi, elle surprit le regard triste qu’il lui lança, elle se demanda ce qui pouvait bien hanter son amant, car ce regard elle le connaissait… Il revenait de temps en temps quand il la regardait. Au début, elle avait pensé que c’était le fait de savoir que leur amour était voué à être vécu officieusement. Mais ils en avaient parlé et ce n’était pas le cas.
Elle décida de profiter de ce banquet pour tirer ça au clair une bonne fois pour toutes. Se penchant vers lui, elle murmura :
-Quelque chose vous préoccupe, mon amour ?
-Oh rien de bien grave ma reine, mais je vais sans doute devoir rentrer dans mon village bientôt, et l’idée de vous quitter m’attriste.
-Bien sûr, je comprends, vous avez aussi des obligations vis-à-vis de votre peuple… Serez vous parti longtemps ?
-J’essaierais de revenir le plus vite possible ma reine.
Modumo lui répondit d’un sourire et se tourna vers un autre convive.
*J’ai failli me faire avoir une deuxième fois ce soir, cette mission devient de plus en plus dangereuse, il est temps qu’elle se termine, et bien.*
Actor embrassa la salle du regard, remplie de tous ces stupides gaulois. Il n’aimait pas les gaulois, c’était une race de barbare qui ne savait que tuer ou être tuée, seule sa reine sortait du lot. Elle était belle, intelligente, elle au moins s’y connaissait en art et en culture. Il se demandait bien ce qu’elle trouvait à ce peuple de barbare, elle aurait du naitre chez les romains elle y aurait été plus à sa place. Il l’aurait épousée, ils auraient été heureux. Il n’aurait jamais accepté cette mission, n’aurait jamais dû faire l’effort d’être aimable avec eux. Il se reprit, sourit à son voisin et entama la discussion sur la chasse miraculeuse de la reine cet après midi. De toute façon, demain, tout sera fini.
2 commentaires:
Tiens tiens je connais! Alors toujours sur travian? T'es sur quel serveur maintenant? :p
Aucun!
Je suis en cure de désintoxication de Travian. :D
C'est dure mais pour le moment je résiste. :p
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