***
-Ou allez-vous Actor ?
-Désolée Ma Reine, je ne voulais pas vous réveiller, j’étais en train de regagner ma chambre.
Il l’avait rejointe après le banquet dans ses appartements, comme tous les soirs.
-Vous regagnez déjà votre chambre, mais les premières lueurs de l’aube ne sont même pas encore apparues...
-Juste que je n’arrivais pas à dormir et que je comptais aller m’occuper des derniers messages reçus de mon village.
-Je vous laisse alors aller travailler, je vous rappelle que nous devons choisir nos déguisements pour la fête du royaume demain matin. Ne soyez pas en retard.
-Ne vous inquiétez pas Ma Reine, je serai la.
Il ouvrit la porte et disparut dans le couloir sombre.
*J’ai encore failli me faire prendre, que c’est dur de te mentir mon amour, mais ce n’est plus pour longtemps. Dans quelques heures si tout se passe bien, tu seras à moi et à jamais, tu n’auras plus à t’occuper de ton peuple qui sera enfin entièrement détruit, tu seras la maitresse de ma maison, je suis sûr que tu seras heureuse de ne pouvoir vivre que pour nous enfin, tu seras libérée de tous tes soucis. *
Il venait de quitter l’aile de la reine et se dirigeait maintenant vers l’aile des appartements invités, mais au lieu de monter dans ses appartements, il tourna vers l’entrée du village.
-Halte, qui va là ?
-Ce n’est que moi, Actor, invité de la reine, je n’arrivais pas à dormir, et vous êtes la seule personne réveillée à cet heure, Nod.
-C’est pour ca que nous effectuons des tours de garde sir, pour que les autres dorment tous en paix. Mais si vous voulez que je vous tienne compagnie j’en serais ravi, cela me permettra de garder les yeux ouverts.
-Et bien j’en serais ravi aussi, je vais m’assoir là, vous devez être fatigué, après avoir passé la journée à servir la reine, de vous retrouver de garde…
-Sir, tous les hommes du village se doivent de monter la garde deux fois par lune, mon travail n’est pas le plus fatigant du village, et personne ne se plaint.
-Vous avez bien raison Nod, le village avant tout. C’est le principal. J’ai apporté de quoi grignoter, vous en voulez ?
- Ca ne sera pas de refus, je n’ai pas eu le temps de manger avant de venir faire ma garde.
A peine Nod avait- il avalé un bout du pain qui lui avait été donné, qu’il fut pris d’une très forte envie de dormir.
-Vous m’excuserez Sir, je suis pris d’un peu de fatigue, si vous pouviez me réveiller quand vous retournerez dans vos appartements ? Je vais m’allonger un peu.
-Pas de problème Nod, dormez tranquille je veille.
Comme prévu, l’effet du pain avait été rapide, très rapide. Actor se dirigea vers les portes, enleva la lourde barre qui les fermait, et les ouvrit toutes grandes. Ensuite il se dirigea vers l’escalier qui menait aux remparts, s’empara d’une torche et l’alluma. Se positionnant vers l’ouest, il commença à bouger sa torche dans une étrange danse. Bientôt rejointe par une autre torche dans le bois en bas du village. Ils étaient là, ils étaient bien arrivés à temps. Soulagé, il redescendit attendre à la porte. Bientôt, il entendit le bruit des sabots des chevaux qui approchaient, galopants… Ils étaient près, très près… Enfin le moment tant attendu arrivait, les romains allaient enfin prendre les derniers villages gaulois. Supprimée du monde, cette race de barbare !
Sa reine resterait bien en sécurité dans ses appartements, quand la bataille serait finie il retournerait la chercher. Il avait envoyé un message à l’empereur, pour avoir l’autorisation de la garder en tant qu’esclave, afin de la ramener chez lui et être avec elle à jamais. C’était la première fois qu’il ressentait ça pour quelqu’un, cette avalanche de sentiments l’avait pris par surprise, au moment où elle était venue le remercier de sa présence à l’enterrement du roi. Elle était tellement belle, les yeux rouge d’avoir pleuré, les cheveux détachés lui tombant dans le dos. Mais malgré la simplicité de sa parure, elle avait un port de reine, on sentait son intelligence au premier regard. Et ce regard lui avait été fatal.
Les voilà enfin… Dans 10 minutes, ils seraient dans le village.
-Actor que faites-vous ? Pourquoi la porte est ouverte, il se passe quelque chose ?
Sursautant, Actor se retourna : elle était là, juste vêtue d’une chemise de nuit. Elle le regardait, oscillant entre l’incompréhension et le doute.
-Ma Reine, il faut que vous rentriez dans vos appartement de suite, dit-il en l’attrapant, c’est dangereux ici vous ne pouvez pas rester.
-Mais non lâchez moi, que se passe-t-il ici !
Tout d’un coup, la reine aperçut les cavaliers qui approchaient, et le corps de Nod qui avait été tiré le long du rempart. Il ne lui fallut que une seconde pour comprendre ce qu’il se passait.
-Vous nous avez trahis ! Vous m’avez trahie ! Vous vous êtes servi de moi !
Elle s’échappa de ses bras, se précipitant vers la corne accrochée à coté de la porte pour sonner l’alerte, mais il la rattrapa.
-Ma Reine arrêtez, c’est trop tard, il faut que vous alliez vous mettre en sécurité, je reviendrai vous chercher quand tout sera fini, je vous ramènerai dans mon village nous serons heureux.
Il croisa son regard et ne vit plus la lueur de tendresse qu’il y trouvait toujours, il avait l’impression d’avoir à faire à une étrangère… Tout ce qu’il voyait c’était une détermination nouvelle : elle le repoussa, porta la trompe à ses lèvres et sonna, sonna le plus fort qu’elle put.
Puis elle attrapa son épée, et se posta devant la porte, elle était une guerrière, une reine avant tout, elle se battrait pour son peuple jusqu'à la mort. Déjà les premiers gaulois arrivaient derrière, personne ne se souciait des hurlements d’Actor, tous se préparaient au combat qui s’annonçait.
-REVENEZ MA REINE, REVENEZ ! hurla Actor désespéré…
Le choc de l’arrivée des romains fut violent, mais les gaulois résistèrent, exaltés par la présence de leur reine au premier rang. Ils se battaient comme des bêtes, la scène était surnaturelle ; on aurait dit des Dieux immortels, frappant sans relâche chevaux et hommes qui les chargeaient, et pour un gaulois tombé dix romains succombait.
Actor essayait désespérément de se rapprocher de la reine en évitant les coups, quand tout d’un coup il eu l’impression que le monde tournait au ralenti. Il vit la flèche qui arrivait du camp romain, il suivit des yeux sa trajectoire… Il se précipita vers sa reine, mais trop tard. Il eu l’impression que la flèche traversait la reine sans faire aucun dommage, elle tua encore deux hommes puis elle commença à vaciller.
Il la rattrapa quand elle tomba, des larmes coulaient le long de son visage, tombaient sur les cheveux de celle qu’il aimait.
-Pourquoi, pourquoi ! Ca n’aurait pas du finir comme ca, non ma reine restez avec moi je vous aime, je vous aime plus que tout. Nous aurions du être heureux, avoir des enfants, ne plus avoir à se soucier de ce peuple de barbare. JE VOUS AIME.
Il entendit un vague murmure venant de la bouche de la reine, il se pencha vers elle pour entendre ce qu’elle essayait de lui dire.
-Et moi je vous hais à jamais.
Et elle poussa son dernier soupir.
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